Six personnages en quête de nom

Où l’on remonte le fil de la rumeur.

Difficile de rester de marbre en tombant nez à nez avec ces personnages de terre cuite. On ne croise pas tous les jours des statues si expressives ! Et cet étonnement ne date pas d’hier : au 17e siècle déjà, on s’interrogeait sur la signification de ces étranges sculptures…

Jean Bauduy, Prophètes et Sibylles,

1523, terre cuite, Musée des Augustins, Toulouse. Photo : Daniel Martin

À cette époque, elles se trouvent dans l’église Saint-Sernin à Toulouse. On les prend alors pour les portraits de bienfaiteurs des lieux : des gens ayant financé la construction de l’église, par exemple. Et de fil en aiguille, on se dit que ceux qui en avaient autrefois les moyens, c’était les comtes de Toulouse. Voilà comment ces sculptures non identifiées deviennent, dans l’esprit des gens, des portraits de seigneurs du passé.

Déambulatoire de Saint-Sernin,

vers 1860, huile sur toile, Basilique de Saint-Sernin, Toulouse. Photo : Daniel Martin

Mais comme leurs traits sont finement rendus, dents et langues visibles, on ne veut pas croire à de simples sculptures. On s’imagine que ces visages ont été moulés sur ceux des comtes après leur dernier souffle. Les sculptures y gagnent un surnom : les momies des comtes de Toulouse ! De quoi faire frémir dans les chaumières.

Jean Bauduy, Prophète (détail),

1523, terre cuite, 176 x 72 cm, Musée des Augustins, Toulouse. Photo : Daniel Martin

Puisque tout le monde s’accorde à dire que ces statues ne montrent pas des personnages religieux, l’église voit moins d’inconvénients à les laisser partir. Elles déménagent pour le musée des Augustins en 1902 qui protège depuis ces fragiles terres cuites…

Georges Castex, Une figure de terre cuite de Saint-Sernin aux Augustins,

entre 1905 et 1910, huile sur toile, 89 x 131 cm, Musée des Augustins, Toulouse. Photo : Daniel Martin

Et pourtant ! Près de cent ans plus tard, les archives de l’église révèlent le fin mot de l’histoire. Ces statues sont l’œuvre d’un certain Jean Bauduy. Réalisées au 16e siècle, elles représentent des prophètes et des sibylles. Autrement dit, des figures bibliques et mythologiques annonçant l’avenir. Mais décoder leurs présages, ça ce serait encore une autre histoire !