On voit double ?

Où l’on découvre une tête qui passe de mains en mains.

Toulouse, 12e siècle. Gilabertus se lance dans la réalisation d’un chapiteau pour la cathédrale Saint-Étienne. Ce sculpteur connaît son affaire : sous ses ciseaux, de petites figures semblent prendre vie. Une chose est cependant intrigante : certains personnages apparaissent plusieurs fois. Notre artiste représente-t-il une réunion de jumeaux ?

Gilabertus, La Mort de saint Jean-Baptiste,

chapiteau engagé de colonnes jumelles, entre 1120 et 1140, pierre, 32 x 55,5 x 39,5 cm, Musée des Augustins, Toulouse. Photo : Daniel Martin

Pas du tout... Il s’agit d’un récit biblique : la mort de saint Jean-Baptiste. Dans cette histoire, le roi Hérode tombe sous le charme de Salomé qui danse pour lui. Et celle-ci en profite pour lui demander… la tête du prophète Jean-Baptiste ! Une vraie femme fatale.

À gauche : Gustave Moreau, Salomé dansant devant Hérode,

1876, huile sur toile, 143 x 104 cm, Hammer Museum, Los Angeles

À droite : Gustave Moreau, L'Apparition du chef de Baptiste à Salomé,

1876, huile sur toile, Musée d'Orsay, Paris

Pour Gilabertus, ce sujet est un petit défi : comment raconter tout cela en un seul chapiteau ? C’est pour cette raison que des personnages apparaissent plusieurs fois, car le sculpteur représente quatre moments du récit.


À gauche, la jeune princesse séduit Hérode. De l’autre côté, le pauvre saint se fait décapiter par le bourreau. Et ce même bourreau se dédouble pour revenir, sur la face principale, livrer à Salomé la tête tranchée sur un plateau.

Gilabertus, La Mort de saint Jean-Baptiste (détail),

chapiteau engagé de colonnes jumelles, entre 1120 et 1140, pierre, 32 x 55,5 x 39,5 cm, Musée des Augustins, Toulouse. Photo : Daniel Martin

À son tour, la jeune femme se dédouble. Là encore, pas de panique, ce n’est pas un monstre de cirque. Cette astuce, que l’on ne retrouve que sur ce seul chapiteau parmi la centaine présentée au musée, sert juste à raconter l’histoire. D’un côté Salomé reçoit la tête des mains du bourreau, de l’autre elle la donne à sa mère (qui manipulait tout le monde pour l’obtenir). Il faut suivre !

Vues de la salle des sculptures romanes,

scénographiée par Jorge Pardo, Musée des Augustins, Toulouse. Photo : Patrice Nin

Avec ce chapiteau historié, comme on appelle ce genre de sculpture, Gilabertus parvient donc à raconter toute une histoire ! Une BD bien avant l’heure, mais en version vraiment plus difficile à transporter qu’un album d’Astérix…